29 novembre , 2021

Athanase Vantchev de Thracy, ameddukel n Imaziɣen, iḍra x uyis n tudert

Athanase Vanchev de Thracy

Deg wass n 30 cutembar, immut azlawi Afransis, Athanase Vantchev de Thracy. Ijjen wezlawi d ameqqran, yura aṭṭas n idlisen s Tefransist. Netta iẓuran-nnes d Ibelgariyen. Mamec ttuɣa zeg iwdan yudrusen ittbeddan aked tseqqar n Imaziɣen d Irifiyen.

Min iɛna Athanase?

Athanase

Ilul Athanase ass n 3 Yennayer deg usegg°as n 1940. Di temdint n Hoskovo, di Belgariya. Dag-s ig iḍfar tɣuri-nnes tamezwarut. Di temdint ssemɣaren zzag-s, idwel d anamur n waddur. Deg usegg°as n 1965, yeksi adiplum n Tfilulujit Tafransist di tesdawit n Sofiya, mamec netta issen Tagrikt, Talatint, Tarusit. Di tesdawit n de Veliko Tarnovo, temmewc-as tadukturt n waddur.
Deg usegg°as n 1966, iqqim izdeɣ di Paris, mani ttuɣa isafar deg umaḍal amen ikmel. Tuɣa yeqqar Tarusit di tesdawit n Inalco, iksi dag-s adiplum deg usegg°as n 1970. Mamec issulleɣ tɣuri-nnes di tsekla Tarusit di tesdawit n ssurbun.

Lexdayem-nnes

Athanase di temzi

Netta ttuɣa-t d aselmad n tfilulujit deg waṭṭas n tesdawiyin, zzag-sent: Musku, Liningrad, Salamanki (Spaniya), Ruma, Urbinu (Iṭaliya), Atina (Agris) d Lund di Sswid). Yura ca n 58 idlisen n usefru, idlisen n umezruy n tẓuri, idlisen n iḥenjiren imezzyanen. Idlisen ttwassuɣlen ɣer xarebbi n yilsawen: Tabulgarit, Tarusit, Taspanyut, Taglinzit, Tamaziɣt, Taṭalyant, Tagrikt, Taburtuɣalit…
Netta s ixef-nnes issuɣel ca n 70 n udlis ɣer/zi tutlayt Tafransist. Idder tnayen issegusa di Dimaceq Mamek yedder di Ssaεudiya, Lmuɣrib, Lurdun, ɛawed ikka aberru n tmurt deg Wazya, Amrika talatint, Uruppa d Tefrikt.

Tuɣa-t d amɣar n umussu izlawiyen n umaḍal (poetas del Mundo), dag-s min ked imlussun aked izlawiyen Imaziɣen zzag-s i yura ca n tqessisin igga-asent awardi i Imaziɣen d Tmaziɣt.

D tina d ca zi tiqessisin-nnes i yura s Tefransist x Imaziɣen:

Taqessist x Lwalid Mimun

MON VILLAGE AMAZIGHE

A Mimoun El Walid

« Ayh’a x yinni ittum a dcar inu »

 (« Honte à ceux qui ont oublié mon patelin »)

Mimoun El Walid

Non, je n’ai pas oublié notre pauvre patelin,

Ni les martyres qui meurent pour vivre avec l’éternité,

Ni les saints qui se dissolvent dans nos larmes pour devenir lumière,

Ni la chevelure dorée de notre souriante rivière

Où scintillent, plus rapide que l’éclair, les tribus joviales des poissons.

Non, je n’ai pas oublié notre pays immortel qui sent le géranium et le jasmin

Ni la grâce perpétuelle du sourire de mes amis !

Non, je n’ai pas oublié ma mère qui changeait

Les heures lourdes de peine en poèmes,

Les nécessiteuses années de mon enfance en cantiques,

Ni la suave sueur de mon père revenant exténué des champs,

Une fleur des prés à son oreille !

Je porte dans ma gorge ardente les minces ruisseaux de tant de chagrin,

Le vert, le bleu territoire inviolable de mon patelin

Avec ses frontières cicatrisées qui se marient si bien

Avec le vol fiévreux des fauvettes.

Non, je n’ai pas oublié les buissons de cactus ni le vent froid

Qui déchire sa tunique argentée à leurs rieuses épines.

Frère, mon frère, comme la tienne,

Ma tristesse va jusqu’aux arbres en fleurs

Et revient s’asseoir au seuil de ma maison abandonnée,

Là, où la main du jour laborieux ramasse les mots de mes ancêtres,

Grains de bonté et d’amour dissimulés sous les ruines de ma maison.

Non, je n’ai pas oublié les oiseaux fidèles à mon village,

Qui épellent, en poussant des cris mélancoliques,

Les noms abandonnées de mes morts endormis en Dieu.

Non, je n’ai pas oublié l’été solennel en habits d’or

Qui dépêchait sous les vétustes toitures des bâtisses les hirondelles,

Ses joyeuses messagères de joie, ses pages ruisselant de chaleur !

Non, je n’ai pas oublié Idir, le vieux, le clément, l’amène berger,

Pâtre assuré des brebis, gardien fidèle de ma langue amazighe,

Ma langue éternelle, belle comme une jeune mariée au visage rayonnant,
Douce comme le roucoulement amoureux d’un concile de colombes !

Non, je n’ai pas oublié les vastes mots d’amour de mes grand’mères

Ni l’antique sagesse de mes grand’pères assis à l’ombre frissonnante des platanes !

Je porte, cousues dans ma veste de tous les jours,

Les paroles de miel, les sourires de primevères

De mes tantes et oncles, de mes cousines et cousins !

Non, je n’ai pas oublié le temps abondant des moissons

Ni le peigne des étoiles dans mes boucles auburn d’enfant sage

Ni les voix vibrantes des jeunes filles de mon village,

Joyeuses envolées de tourterelles chantant autour du puits de mon village !

Non, je n’ai pas oublié les mâts blancs des sommets de mon Rif

Voyageant d’éternité en éternité

Ni les prairies bruissant d’herbe grasse et de marguerites

Où venaient poser leur mélodieuse fatigue les merles musiciens.

Frère, mon frère aimé, comme la tienne,

Ma pensée peut boire toute l’eau fraîche des fleuves et des lacs,

Toute la profondeur scripturaire de Dieu,

Toute la splendeur vertigineuse des Anges,

Mais jamais, au grand jamais,

Elle ne saura étancher ma soif de mon village !

Comme toi, frère de mon âme,

Que je me lève, ou que je me couche,

Que je pleure, ou que je ris,

Que je vis de larmes, ou que je me meurs d’affliction,

Je porterai, sculptés en lettres amazighes dans ma chair,

Tes mots magiques, frère, tes mots sacrés :

« Moi, je ne pourrais jamais oublié mon patelin

Quant à moi, je mourrai pour mon patelin. »

  Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 3 novembre 2008

Glosse:

Mon jeune ami et poète, Andich Chahid, a eu l’amabilité de m’envoyer les paroles d’une chanson de Mimoun El Walid. J’ai été littéralement ensorcelé par le texte. J’y ai tout de suite reconnu la voix d’un grand poète. Pendant des jours et des jours, j’ai porté les mots de cette magnifique chanson dans mon cœur. Et j’ai décidé d’écrire, par amour pour mon ami Ali Khaddaoui, par tendresse pour Andich et tous mes amis amazighs, par pure admiration pour Mimoun Et Walid, cet extraordinaire chantre de la Tamazgha, ce poème,  écho de sa célèbre chanson Honte à ceux qui ont oublié mon patelin.

Taqessist x Qadi Qeddur

DEVOTION AMAZIGHE

(’ευσÝβεια)

A Cadi Kaddour

« Il n’est pas d’homme plus pauvre que celui

 qui ne laisse aucune trace de sa vie »

Sagesse antique

Je pense à toi, Ami immortel,

Pieds nus dans l’herbe frissonnant

Sous l’aimable fraîcheur du soir rifain.

Ce soir ensorcelant

Resté si longtemps clair

A la demande d’une âme innocente,

A l’invocation d’un cœur pur

Qui veut que la lumière de l’amour

Se prolonge à l’infini !

Je pense à toi, Kaddour,

A toi, frère des oiseaux libres,

A toi, ami du Verbe, mort par dévotion

Pour la langue superbe de tes ancêtres.

Les fleurs n’osent plus déranger

Ton ombre qui dort dans les soyeux replis

Du temps solennel !

Un petit froid parcourt les calices des jasmins,

Non celui que souffle la bouche glacée de l’hiver

Qu’ils connaissent si bien,

Mais un froid dense, profond, intérieur qui les fait

Se figer d’effroi !

Endormi dans les bras de l’éternité,

Tu occupes tant de place à présent

Dans le cœur probe de ton peuple,

Tant d’espace dans les paysages enchanteurs de ton pays

Si chers à tes yeux d’adolescent !

Depuis ton soudain départ

Le temps s’est arrêté

Sur les cimes aériennes des montagnes,

Sur les odorants sentiers rifains fuyant

Vers les vallées ondoyantes,

Sur le seuil de ton humble,

De ta chaste demeure !  

Imperceptiblement, délicatement l’or

Amoureux du savoir,

Travaillé par les mains dévotieuses de ton âme,

S’est transformé en statue de déesse !

Kaddour, mon vénérable Ami,  tu as prouvé

Aux hommes dela Terreque

De n’importe où on peut s’élancer vers le ciel !

Toi qui as partagé ton cœur en deux

Et l’as élevé vers le firmament vêtu d’une neuve lumière.

Toi, seul, debout, doux, souriant

Face à toute la transparence de l’avenir !

Oui, tout est divin, mon Ami,

Pour ceux qui sont faits de clarté,

Cela l’est,

Cela l’a toujours été !

   Athanase Vantchev de Thracy

Paris, le 12 décembre 2008

Glosse :

Cadi Kaddour (mort en 1995) : éminent linguiste amazighe (Maroc). En 1990, il soutint, à Paris, sa thèse de doctorat d’Etat Transitivité et diathèse en tarifit, analyse de quelques relations de dépendances lexicale et syntaxique. Kaddour périt lors d’un accident de la route, le mardi 12 septembre 1995, laissant derrière lui plusieurs ouvrages consacrés à sa langue maternelle, la tamazight. Il est un des premiers à croire que cette langue vieille de plusieurs siècles et la culture qu’elle véhicule finira par trouver une place digne parmi les langues du monde. Il lui consacra toute sa vie, tout son amour, tout son enthousiasme. Les jeunes générations amazighes (berbères) lui vouent un véritable culte.

Taqessist x Andic Cahid

REVERIES RIFAINES

« Ma terre est une lettre »

 Andich Chahid Idir

I.

Le ciel étend son voile à semis de fleurs
Sur les somptueux cèdres du Rif.
Ta peau est suave
Comme la chair des fraises sauvages des fourrés,
Tu ris, et toute la beauté du monde
Est dans les ruisseaux verts de tes yeux !

II.

Ces visages de femmes amazighes
Plus doux que des poèmes de satins légers.
Leurs mains d’ivoire d’autrefois,
Lumineuses
Dans la grande quiétude de leur silence.

III.

La démarche élégante des jeunes filles
Des hautes montagnes,
Cette odeur enivrante de violettes –
Lettres fines du tifinagh
Leur rire diaphane !

IV.

Andich vient avec le soir
En tunique blanche cousue
Par les cantilènes des abeilles,
Brodée par les brises du Rif !
Son cœur est grand et pur
Comme la face de l’éternelle Tamazgha !

V.

Ici la beauté est dans toutes les prunelles
Des adolescents !
L’automne et ses jours de belles ordonnances
Baignent leur beauté fulgurante,
Leurs hanches minces et souples,
Leur poitrine de marbre blanc du Rif.

VI.

Dans ce pays magique,Dans les plis de ses montagnes majestueusesLes draps sentent le pin et la mentheMaisons ouvertesComme des ailes de colombesDans la molle sérénité du soir.

VII.

La houle de la mer dans la bouche de Massin,
Les heures sont douces comme des fruits !
Ses lèvres n’ont pas assez de baisers
Pour couvrir de leur tendresse vertigineuse
Ce pays qu’il aime à mourir.

VIII.

La récitation sillante des rouges-gorges le matin,
Le parfum de thé et de paroles aimantes,
La rose décence des sentiers et des champs,
L’abîme immobile des lits
Où dorment des enfants
Plus beaux que la lumière de l’aurore.

IX.

La moiteur des corps presque nus des paysans,
Leurs têtes antiques qui rappellent
Massinissa et Jugurtha !
Des chevelures couleur de vin, poitrines de cuivre
Embrassées par le vent doré de midi !
Ô Andiche, comme est douce à mon chant
Cette impression d’éternité
Dans leurs regards !

X.

Idir, mon frère aimé,
Ecoute le synode serein des passereaux,
Oublie un instant la signée des nuits,
Le temps et ses boucles perlées de résine de sapin,
Les rumeurs de l’argile, les odes des étoiles du Rif !
Couche-toi sur l’herbe molle des prairies
Et écoute, écoute sans pleurer,
Les suaves battements
Du cœur immortel de ta Patrie!

   Athanase Vantchev de Thracy

Paris, ce mercredi 5 novembre 2008

Glosse:

J’ai écrit ce poème en pensant au jeune poète amazighe AndichMassin est un prénom rifain.

Amaynu

Yeqqen ɣer-s